Les Temples Solaires : partie 2 – Le Temple Solaire du Roi Niousserê

Après l’étude du Temple Solaire d’Ouserkaf, intéressons – nous à celui de Niousserê, sixième roi de la cinquième dynastie.

Il fut construit sur le site d’Abou Ghourab (les précédents Temples Solaires ont été construits sur le site d’Abousir).

La translittération du nom du Temple est šsp-ib-Rˁ qui signifie « le plaisir de Rê ».

Nous retrouvons les mêmes éléments que le Temple Solaire d’Ouserkaf : temple haut, chaussée, temple bas.

A ces éléments, il faut ajouter quelques domaines (alloués par le roi). Ces domaines ont pour fonction de ravitailler le Temple Solaire mais aussi d’être une source de revenus.

Au vue des informations qui nous sont parvenues, le ravitaillement était de taille.

Ce Temple Solaire est très proche au niveau architectural du Temple Solaire d’Ouserkaf mais avec un degré de finition et de magnificence accrue (utilisation de matériaux de grande qualité tels que par exemple du calcaire de Toura).

Nous pourrions presque parler d’une « version » optimale d’un Temple Solaire.

A noter que le temple haut se trouve sur une petite colline : choix politico – religieux ?

Les orientations du temple haut comme du temple bas sont identiques aux orientations du Temple Solaire d’Ouserkaf.

Même si la ou les raisons de l’orientation du temple bas n’est pas établie, nous sommes tentés de penser que cette orientation n’est pas un pur hasard, surtout si celle-ci se répète d’un Temple à un autre Temple.

Une enceinte vient compléter ce complexe – de dimensions imposantes elle englobe en partie le temple haut.

Nous retrouvons l’obélisque (massif) sur un piédestal (lui aussi massif) dans le temple haut.

Les sanctuaires à statues sont remplacés par un autel assez imposant en albâtre (dont le nom est « table des offrandes de Rê »).

Nous trouvons aussi des traces d’une « infrastructure » propice aux offrandes : abattoirs (?), places de purification (?), magasins (utilisés apparemment aussi pour d’autres complexes funéraires).

Une pièce fait son apparition : la pièce dite des « Saisons ».

Entre la première expérience du Temple Solaire d’Ouserkaf et celui de Niousserê, il y a donc une évolution assez nette dans la mise en oeuvre de la « machine » cultuelle.

Quelques « nouveautés » à signaler pour le temple haut : un programme figuratif et un énorme modèle de bateau en brique crue (en dehors de l’enclos du temple construit à même le sable).

Quelques mots sur le programme figuratif.

Il est clairement associé à la célébration de la personne royale, de sa puissance régénératrice (festival Sed) ainsi qu’au culte solaire (roi sous la forme du dieu Rê).

Que Niousserê régna assez longtemps ou pas pour prétendre à un festival Sed n’est pas réellement le fond du problème : ce programme figuratif a une portée éternelle et symbolique.

D’ailleurs nous noterons que les participants à ce festival ne sont pas nommés mais sont représentés par leurs titres – une manière (probable) de donner un caractère perpétuel à ce rite.

Le dieu soleil pour les anciens égyptiens de cette époque est la source de toute vie sur terre. A ce titre ils ont donc consacré une pièce spéciale à cette dévotion : la pièce des « saisons ».

Les saisons évoquées sont les saisons de l’Egypte ancienne – seules les saisons de l’inondation (Akhet) et de l’été (Shemou) sont décrites.

Pas d’allusion à la saison de l’hiver (Peret) : manque de place pour les inscriptions ? inscriptions qui n’ont pas survécues ?

Nous trouvons aussi des scènes liées au rituel de fondation, à la procession du dieu Min.

Le modèle de bateau retrouvé est un élément important, voire fondamental pour accéder à la vie dans l’autre monde. Nous avons retrouvé des éléments (certains étaient en bois, en cuivre) près du bateau – initialement posés sur le bateau.

Nous pouvons citer les barques retrouvées près du complexe funéraire du roi Khoufou de la quatrième dynastie.

Nous avons insisté sur le lien intime entre la personne royale et le soleil. Le soleil naît et disparaît dans le ciel durant une journée terrestre. Le roi « partage » cette journée avec le soleil en tant que Rê, accédant ainsi aux félicités divines.

Nous reviendrons dans un autre article sur le rôle et le positionnement des Temples Solaires dans le grand échiquier cultuel de l’époque.

Le temple bas est composé de 3 portiques (1 portique au centre de la façade et 2 portiques de chaque côté) et 3 rampes d’accès aux quais.

Chaque portique est flanqué de colonnes (4 pour le portique principal et 2 pour les autres portiques). Les 3 portiques convergent vers un hall central qui donne accès à la chaussée menant vers le temple haut.

Quelques inscriptions ont pu parvenir jusqu’à nous.

Les principaux dieux adorés dans ce Temple Solaire sont : Rê, Hathor, Rê – Horus et Niousserê défié.

Probablement un certain nombre de statues relatives à ces dieux étaient situées de part et d’autre des différents temples et pièces – seuls quelques fragments ont été retrouvés.

Tout comme le Temple Solaire d’Ouserkaf nous pouvons penser que le personnel cultuel (assez nombreux) était organisés en « équipe » (phyle).

Le type et les titres des prêtres retrouvés dans ce Temple Solaire sont globalement identiques à ceux  des autres Temples Solaires.

A ce personnel il faut bien sûr ajouter les nombreuses personnes qui travaillent pour le Temple Solaire.

 

Références Bibliographiques :

Massimiliano Nuzzolo « Sun Temples and Kingship in the Ancien Egyptian Kingdom »

Miroslav Verner « Sons of the Sun : Rise and Decline of the Fifth Dynasty «

 

LEAVE A COMMENT

Ancien Empire Egyptien (projet A2E) by Fabrice MAUPIN