Le Nomarque sous la Cinquième Dynastie

Après avoir étudier les nomarques de la quatrième dynastie, intéressons – nous à ceux de la cinquième dynastie.

Nous allons assister à la fois à une certaine continuité dans la mise en oeuvre de la fonction du nomarque et à la fois à un mouvement de réformes.

La continuité va se retrouver dans les titres (de façon globale) ainsi que dans le modèle administratif provincial (modèle qui différencie la gestion de la Haute Egypte de la gestion de la Basse Egypte).

Nous noterons que les titres sont étroitement liés à la « zone » géographique gérée (Haute ou Basse Egypte).

La difficulté de l’analyse des titres est d’arriver à appréhender les fonctions réelles d’un nomarque en y ajoutant le fait que certains titres ne sont pas « affectés » exclusivement aux nomarques.

Continuité dans les titres certes mais l’utilisation de certains titres va évoluer (certains ne seront quasiment plus utilisés – d’autres le seront beaucoup plus). Ce changement est surtout attesté en Basse Egypte.

Les nomarques de la cinquième dynastie qui sont localisés en Basse Egypte continuent à être enterrés près de la Résidence (dans les nécropoles environnantes). Ils assureront toujours la gestion de plusieurs nomes comme leurs prédécesseurs de la quatrième dynastie.

Les nomarques qui sont localisés en Haute Egypte seront enterrés dans le nome qu’ils administrent : une nouveauté par rapport à la quatrième dynastie !

Outre le côté « pratique » et  quelque peut « logique », nous remarquons que la stratégie de l’administration royale sur les nomarques  de Haute Egypte change. La Haute Egypte étant bien loin de la Résidence, il devient nécessaire de déléguer la gestion de ces régions lointaines.

Notons aussi qu’ils géreront qu’un seul nome – l’administration royale a peut être jugé qu’ils seraient plus efficaces ainsi dans leurs gestion.

Malgré la nomination d’un « directeur de Haute Egypte « (jmj-r šmˁ – une sorte de « chef » des nomarques de la Haute Egypte), l’administration ne pourra pas « effacer » un désir d’indépendance – Etre nomarque dans un nome de Haute Egypte, bien loin de la Résidence, peut inciter à une certaine « indépendance  – « indépendance » qui au fil du temps va s’amplifier pour être pleinement mise en oeuvre durant la première période intermédiaire.

Cette « indépendance » se retrouvera même à une certaine époque dans l’art et l’iconographie : être « coupé » de la Résidence et de ses artistes va développer un art local moins stéréotypé que l’art memphite mais tout aussi intéressant.

L’administration adopte donc deux gestions différentes mais complémentaires du pays, adaptées à un contexte géo – politique qui perdure depuis au moins deux dynasties.

Revenons un peu sur les titres – Il est important pour un nomarque d’exprimer son statut avec ses titres.

Les différentes analyses qui peuvent être faites se basent sur les découvertes qui sont en partie lacunaires. La découverte d’autres éléments pourraient affiner notre connaissance.

Il n’y a pas de grands changements dans la gestion des titres entre la quatrième et la cinquième dynastie.

Nous noterons toutefois que ce soit en Haute ou en Basse Egypte, les titres vont se « répartir » différemment dans les nomes : une « granularité » plus fine attestée dans l’utilisation des titres.

Le nome d’Akhmim fait l’objet par exemple d’une attention particulière et d’une gestion (assez) complexe des titres. il y avait (cas exceptionnel à la cinquième dynastie) deux fonctionnaires qui géraient cette province.

Il est intéressant de noter que les anciens égyptiens ont eu besoin d’un nombre assez important de titres pour exprimer cette fonction.

L’explication la plus plausible est que les titres accumulés par un nomarque sont le reflet d’une administration provinciale en pleine « mutation » durant la cinquième dynastie. Cette « mutation » a créé des titres exprimant plus au moins bien la notion de nomarque.

Un nomarque ayant (aussi) accumulé des fonctions se retrouvait affubler de titres plus au moins « cohérents » au gré des évolutions administratives.

Notons aussi que la fonction de nomarque était accessible (dans la grande majorité des cas) qu’à la condition d’avoir exercé un certain nombre de fonctions intermédiaires – La difficulté est de distinguer au travers le « Curriculum Vitae » d’un haut fonctionnaire s’il fut ou pas réellement un nomarque.

Malgré cette apparente complexité des titres, il y a une volonté de les distinguer : une catégorie de titres pour exprimer la fonction proprement dite d’un nomarque et une catégorie qui détaillent les responsabilités d’un nomarque.

Dans la catégorie qui définie la fonction d’un nomarque nous allons retrouver les titres anciens (ḥqȝ ḥwt-ˁȝt, sšm-tȝ, jmj-r wpwt). Le titre « sšm-tȝ » (utilisé principalement en Haute Egypte) est probablement le titre qui permet de mieux définir un nomarque durant la cinquième dynastie.

Un nouveau titre fait même son apparition (« jmj-r X » que nous pourrions traduire par « Directeur du nome X »).

De nouveaux titres font leur apparition pour exprimer les responsabilités d’un nomarque (pour ne citer que les principaux : jmj-r nswtjw « directeur des gens du roi «,  rḫ nswt « connu du roi », jrj-jḫt nswt « chargé d’affaires du roi «, jmj-r mnnw « directeur des forteresses « et jmj-r njwwt mȝwt « directeur des villes neuves «  ).

A noter que ces nouveaux titres sont principalement présents en Haute Egypte (et pas forcément dans tous les nomes) et seront attestés surtout durant la cinquième dynastie – ils seront donc utilisés durant une courte période.

Le fait que certains ne soient plus utilisés est probablement le reflet d’une modification de la gestion d’une province.

Comment comprendre ces responsabilités diverses et variées ?

Nous avons vu que ces nouveaux titres concernent des zones bien distinctes de la Haute Egypte et que ces titres pouvaient apparaître lors de la mise en oeuvre d’une politique provinciale souhaitée par le pouvoir royal.

Par politique provinciale il faut surtout comprendre une politique agricole qui porte sur l’aménagement du territoire et de sa gestion.

Nous nous souvenons que la Basse Egypte a reçu une attention particulière durant la quatrième dynastie – la Haute Egypte fera l’objet d’une grande attention des rois de la cinquième dynastie.

Cette politique sera finalisée durant la sixième dynastie pour les nomes les plus méridionaux du pays.

Le libellé de ces responsabilités n’est pas très clair pour nous lecteur moderne.

Par exemple le terme « ville neuve » pourrait correspondre à une nouvelle fondation ou exploitation agricole (élément indispensable à la politique agricole, nous le comprenons aisément).

Etre « directeur » d’une telle fondation signifie donc en assurer la gestion.

Ce type de domaine peut être amené à ravitailler des expéditions (par exemple une expédition à destination d’une carrière) – cette « ville neuve » devient un rouage important d’une logistique plus vaste.

Prenons le terme « forteresse » qui va plutôt avoir une connotation plus militaire : une frontière, un point d’accès au pays, une forteresse dans le pays ou bien plus généralement un centre militaire.

Le nomarque gère sa province et ses domaines agricoles mais aussi en assure la protection.

Le terme « gens du roi » peut être compris par personnes attachées au service du roi (fonctionnaires avec certaines compétences administratives, ressources humaines (volontaires ou détenus (?)  disponibles dans le nome).

Le « directeur des gens du roi » serait chargé du recrutement de telles ressources pour servir le nomarque (donc la province) et par extension servir le roi.

Fait intéressant : l’administration royale, même si elle « délègue » une certaine autorité aux nomarques souhaite contrôler et « optimiser » les ressources provinciales.

Le titre « connu du roi « dans le cadre d’un nomarque fait débat depuis un certain temps. Globalement s’il est cité seul, il dénote une fonction honorifique (non effective) – avec le nom du nome il prend une dimension réelle.

La responsabilité du porteur de ce titre est importante (par exemple il peut amener une armée hors d’Egypte).

Les nomarques de Haute Egypte ont donc des responsabilités plus grandes que leurs prédécesseurs de la quatrième dynastie.

L’administration royale n’est pas dupe et souhaitera conserver un contrôle « efficace » sur ces fonctionnaires qui pourraient devenir « dangereux ».

L’utilisation d’un « directeur de Haute Egypte » comme nous l’avons cité plus haut certes n’est pas parfait mais peut garantir une certaine sécurité.

La décentralisation du pouvoir est en marche.

Le nomarque est responsable des terres, un centre et des sanctuaires de sa province.

La Haute Egypte est donc mise en valeur durant la cinquième dynastie.

La dynastie suivante continuera cette petite révolution provinciale.

 

Référence bibliographique :

E. Martinet « Le Nomarque sous l’Ancien Empire «

 

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Ancien Empire Egyptien (projet A2E) by Fabrice MAUPIN