L’idéologie royale : force et déclin !

Nous nous sommes tous poser cette question : comment la monarchie égyptienne durant l’Ancien Empire a t-elle pu maintenir une telle pression étatique indispensable à l’élaboration de grands projets nationaux ?

Certains diront par La force ! il est possible en effet par la force d’imposer des corvées ou travaux au peuple mais rarement sur de longues périodes sans anicroches. Même si le peuple est rémunéré (cela fut très souvent le cas) il faut d’autres arguments pour fédérer une nation autour de grands projets nationaux.

Considérons plutôt un autre aspect : la mise en oeuvre de l’idéologie royale.

L’objectif de cette idéologie : justification des corvées ou travaux titanesques auprès du peuple et s’assurer du soutien des élites.

Pour atteindre cet objectif il faut associer l’idéologie royale à l’idéologie religieuse.

A l’époque de l’Ancien Empire le Roi est l’égal des dieux, il est intouchable. Il fait partie d’un système monarchique qui est basé sur le culte solaire () – culte solaire dont la principale origine se trouve à Héliopolis (avec un clergé tout puissant).

Nous retrouvons des traces de cet attachement ou dévotion solaire dès le début de l’Ancien Empire (troisième dynastie). A la quatrième dynastie le Roi se proclame même « fils de Rê ». Un nombre important de Rois qui ont vécu à cette époque intègrent dans leur nom cet aspect divin solaire.

Durant la cinquième dynastie les temples solaires feront partie des « outils » religieux utilisés pour rendre un culte à Rê ainsi qu’à son fils le Roi.

Le Roi est aussi le créateur de la Maât (cadre et règles propices à la cohésion et à la paix du pays). Notons que Maât est fille de Rê : le roi en tant que créateur de la Maât va ainsi s’octroyer la position de Rê – le qualificatif « grand dieu » sera ainsi employé.

Le pouvoir royal qui possède déjà comme attributs « régaliens » le culte solaire et la Maât va aussi favoriser le culte Osirien. Ce culte va accompagner le culte solaire et contribuer ainsi à assoir ce pouvoir.

Le roi est donc tout puissant : puissance justifiée par ses fonctions divines – Il est capable de grandes choses (caractère supra humain d’après certains textes). En tant que « dieu » il attend de ses sujets une dévotion particulière. Une dévotion qui va revêtir plusieurs aspects : rendre un culte au roi / dieu évidemment mais aussi participer aux grands projets royaux nécessaires à la mise en oeuvre de cette « mécanique » divine complexe.

Le pouvoir royal va s’appuyer sur les élites pour la mise en oeuvre de son idéologie et va les récompenser pour services rendus. Le type de récompense n’est pas seulement matérielle ou numéraire, elle va aussi consister en faveurs – créant ainsi une sorte de dépendance roi / élites.

La récompense la plus importante pour un Ancien Egyptien est de lui donner les moyens de maintenir son culte funéraire – un de ces moyens est la formule « offrande que donne le roi « .

Cette formule d’offrandes (de type alimentaire ou non alimentaire) est inscrite dans la tombe. Le fait d’inscrire ce type d’offrande dans une tombe est un privilège accordé uniquement par le pouvoir royal : même si l’approvisionnement réel devait s’arrêter le fait d’avoir inscrit ces formules perpétuait de façon magique cet approvisionnement !

Belle garantie pour les élites ainsi rassurées !

Les quelques siècles d’existence de l’Ancien Empire ont vu cette idéologie évoluée : par des évolutions et/ou réformes qui ont été parfois souhaitées par le pouvoir royal – quelque fois elles furent le résultat de luttes entre clergé (clergé de Re contre clergé d’osiris) et par des évolutions sociétales qui ont aussi joué un rôle certain.

A partir de la cinquième dynastie Le roi n’est plus le créateur de la Maât mais en devient le garant.

Premier glissement dogmatique.

Le maître ou le créateur de la Maât n’est plus le roi mais Osiris qui reprend à son compte le qualificatif de « grand dieu ». Cela veut dire que le roi doit désormais rendre des comptes à Osiris mais aussi au peuple en tant que garant de la Maât.

A partir de la sixième dynastie le roi n’est plus non plus forcément l’unique garant de l’éternité pour l’élite.

L’élite a la responsabilité à son niveau de faire respecter la Maât et d’être respectable pour mériter cette éternité tant convoitée. Les appels aux vivants (aide des vivants pour bénéficier des offrandes – en échange le défunt intercède dans l’au-delà pour le vivant) fleurissent. Nous avons l’impression que cette élite fait tout son possible pour se garantir une éternité : la puissance royale n’est plus suffisante.

Deuxième glissement dogmatique.

Le roi reste d’ascendance divine (dont solaire) mais perd de sa puissance.

Cette perte de puissance n’est pas dans un premier temps un réel danger mais va contribuer sur une plus longue durée à un déclin annoncé. Cela se comprend aisément : le roi doit être capable d’assurer un ordre, une cohésion que cela soit dans le domaine terrestre voire divin.

Si cela n’est pas le cas le pouvoir royal et son appareil administratif (élite) est critiquable : s’il y a critiques, il y a failles !

A la fin de l’Ancien Empire nous ne sommes plus dans une idéologie royale toute puissante, capable de répondre aux besoins (économiques, d’intendance).

L’idéologie royale s’est progressivement démantelée perdant ainsi son universalité. Ce démantèlement dans l’échelle des responsabilités n’a fait qu’affaiblir le pouvoir royal au profit d’une élite un peu trop envahissante. Il est devenu difficile de justifier de grands projets !

Nous sommes bien loin des grands projets de la quatrième dynastie.

Ce pouvoir royal faible a probablement contribué à la chute de l’ancien empire et a peut être ouvert les portes à la première période intermédiaire.

 

Référence bibliographique :

Raphael Bertrand « Deux formes du culte funéraire égyptien : formules d’offrandes et contrats d’assiout »

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Ancien Empire Egyptien (projet A2E) by Fabrice MAUPIN