Le Serdab : « outil » funéraire ?

Le mot « Serdab » signifiant « passage caché » en langue Arabe est utilisé par les Egyptologues pour désigner la chambre rectangulaire murée sur ses quatre côtés que nous retrouvons très fréquemment dans les tombes de l’Ancien Empire.

Cette notion de Serdab est ancienne – nous en avons quelques attestations dès les premières dynasties.

La quatrième dynastie est la dynastie qui va « stabiliser » l’utilisation et les fonctions du Serdab.

A noter que des « versions » plus originales et minoritaires du Serdab existent – par exemple des Serdabs avec un mur de briques crues, l’utilisation de Niches ayant un rôle de Serdab, des Serdabs qui n’ont pas vocation d’être « caché » et sont donc visibles par tous, plusieurs Serdabs dans une même tombe.

Une probable confirmation d’une évolution dans les « traditions » funéraires et/ou architecturales en vigueur durant l’Ancien Empire.

Le Serdab n’était pas dans la plupart des cas décoré mais nous avons quelques cas de décorations liées à la fonction même du Serdab ou liées aux activités du défunt.


 

Le contenu de cette chambre se compose en général d’une ou plusieurs statues du défunt (défunt quelque fois accompagné de statues de personnes de son entourage ou à son service (exemple : scribe)).

Ces statues peuvent être « vues » au travers d’une petite ouverture dans l’un des murs de cette chambre – elles sont donc positionnées d’une façon particulière.

Cette ouverture bien qu’étant relativement de petite taille a été conçue pour permettre de visualiser l’intégralité du contenu de la chambre. Pour être précis, la position (horizontale, verticale, hauteur) de l’ouverture va dépendre de la taille des statues contenues dans la chambre.

Dans certains Serdabs, les architectes ont prévu plusieurs ouvertures afin de « couvrir » un contenu à taille variable.

Il est évident que la conception même de cette chambre a été pensée dans un but bien précis par les Anciens Egyptiens.

Il nous vient à l’esprit le rôle de protection (vol, détérioration) des statues (une chambre murée !) et à la fois une volonté de montrer ces statues : un paradoxe apparent !

Les statues peuvent être en bois (généralement peint) ou en pierre.


 

Comment est disposé le Serdab dans une tombe ?

En fait cela dépend de la tombe tant au niveau du volume architectural disponible, des « codes »  architecturaux / funéraires en usage et même de la volonté du défunt.

Dans la plupart des cas, le Serdab se situe derrière le mur de la chapelle en face de l’entrée – le visiteur peut ainsi voir l’ouverture du Serdab en face de lui.

Le Serdab peut se situer sur un mur qui ne fait pas forcément face à l’entrée.

Mais nous constatons qu’il est très souvent associé ou est proche de la fausse porte et du puit qui mène à la chambre funéraire.

Quelque fois le puit (avec sa chambre funéraire) est juste derrière le Serdab (configuration propre à la cinquième dynastie).


 

Quelle est la fonction du Serdab et de son contenu ?

La position du Serdab dans la tombe laisse penser que dans certaines conditions il a pu jouer un rôle de protecteur du corps de défunt (et de toute(s) personne(s) associée(s) au défunt) et de ses statues du Ka.

La protection n’est pas seulement contre le vol, la détérioration. Certains Egyptologues ont émis l’idée intéressante qu’à cette époque le processus de mommification des corps n’était pas suffisamment abouti.

L’art de la mommification connaîtra son apogée bien plus tard : de ce fait les statues du Ka ainsi que le Serdab étaient « indispensables ».


 

L’obsession pour le propriétaire de la tombe est de pouvoir « survivre » à la mort, à la putrification et à la décomposition du corps humain : chose détestable pour les anciens égyptiens.

Même si le propriétaire de la tombe n’est plus vivant, il a formé et continuera après la mort de former avec son Ka une sorte d’alliance.

Définir le Ka n’est pas simple et pour être honnête notre compréhension de la nature et du rôle du Ka n’est pas claire.

Mais ce Ka pourrait représenter le statut, la personnalité morale, une sorte de « double » ou Alter – Ego du défunt (lors de son vivant).

Ce qui est sur c’est que le Ka va jouer un rôle primordial dans la vie après la mort chez les anciens égyptiens.

Par sa nature il est donc habilité à faire « survivre » la personne du défunt, un peu comme un souvenir.

Un détail confirme cette importance de la fonction du Ka : Il doit être capable de reconnaître le défunt au travers de ses statues au détail prêt – un détail anatomique oublié et le Ka peut ne pas reconnaître son « double » !

Le Ka doit être capable dans certaines circonstances de « revivifier » le défunt : encore faut-il ne pas avoir de doutes sur la statue représentant le défunt !

Les fameux serviteurs du Ka ont pour mission d’assurer toutes les cérémonies (et offrandes associées) liées au Ka du défunt.

Le Ka pourra ainsi transmettre à son tour cette « force » acquise au défunt.


 

Les statues ont – elles un rôle de remplacement du corps si celui devait être détruit ou endommagé ?

Sont – elles l’assurance que le Ka dans tous les cas pourra « retrouver » le défunt soit par son corps soit par sa statue ?

La question reste ouverte, nous n’avons pas de preuves formelles.

Le Serdab ainsi que son contenu ne sont-ils pas tout simplement le moyen utilisé par le Ka pour « retrouver » le corps symboliquement parlant même si ce corps est réellement détruit, abimé ?

Un aspect plus religieux que « matériel » ?


 

Les statues du Ka peuvent aussi servir à perpétuer le souvenir du défunt. Nous voyons bien le rôle plus religieux que matériel de ces statues.

 

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Ancien Empire Egyptien (projet A2E) by Fabrice MAUPIN