Le [Prêtre] Lecteur

La notion de « prêtre » dans l’égypte ancienne est bien différente de la notion moderne.

Ce que nous appelons prêtre est plus un officiant (lie à un temple et très souvent à un dieu) qu’un homme charge de transmettre la foi à d’autres personnes. Il n’est pas forcément un expert religieux – Il peut même recevoir cette charge par héritage.

L’origine du Lecteur est ancienne.

C’est un processus long et progressif. Les formules associées à des rites étaient récitées de façon spontanée par la personne chargée de faire le lien entre le monde des vivants et le monde des dieux. Il semble que les prêtres Sem soient des « héritiers » de cette culture ancestrale (nous retrouvons des traces de ce passé par exemple dans le mot « Sem » qui signifie « état de sommeil »  – propice à un état de méditation).

La fonction du Lecteur a été créée à partir du moment (début de l’ère dynastique) où les rites furent écrits / gravés et codifiés de façon permanente – la spontanéité des rites n’était plus nécessaire. Cette évolution rituelle nécessitait une (ré)organisation des tâches cultuelles. Il était nécessaire qu’une personne habilitée puisse lire et réciter les formules issus de ces rites « institualisés » : la fonction de Lecteur est née.

Nous discuterons dans cet article du Lecteur durant l’Ancien Empire.

La translittération pour définir un Lecteur est : ẖry-ḥbt qui pourrait se traduire par « celui qui porte (ou qui est sous) le livre des rites ».

Le Lecteur est souvent associé à une catégorie de prêtres mais ses attributions sont quelque fois en dehors du domaine religieux – il est capable d’intervenir sur un large « panel » de domaines.

Le titre du Chef des Lecteurs est aussi attesté (ẖry-ḥbt ḥry-tp) – les traces de ce titre remonte à la deuxième dynastie. La plupart des Chefs des Lecteurs durant l’Ancien Empire sont des hauts fonctionnaires ayant exercés plusieurs fonctions importantes au préalable.

Nous avons donc un système hiérarchique qui se met en place – l’ancienneté et la compétence des Lecteurs étaient probablement « signalées » au vue des titres utilisés (ex : Lecteur « sénior » ẖry-ḥbt smsw).

Le lecteur est reconnaissable dans l’iconographie par sa tenue (un kilt court avec une ceinture large portée en diagonale sur la poitrine) représentative de ses fonctions. Il tient fréquemment dans ses mains un papyrus déroulé – action propice à la lecture. Il peut aussi adopter toute une série de gestes et postures (ex : posture hnw attestée dans les Textes des Pyramides) pour invoquer un acte (ritualiste) en particulier. A noter quelque fois l’enchaînement de plusieurs postures lors d’un même rituel. Nous retrouvons dans l’iconographie la représentation de plusieurs lecteurs ayant la même posture.

Le Lecteur peut officier au sein d’un groupe de plusieurs Lecteurs – certains rites nécessitant probablement la présence de plusieurs Lecteurs.

Sa rémunération est basée sur un partage / une reversion des offrandes recueillies pour le culte. D’autres paramètres comme le nombre d’heures ou jours consacrés aux offices devaient probablement rentrer en compte dans le calcul de la rémunération.

Examinons plus en détails ses fonctions (peu d’informations sont disponibles sur cette fonction au début de l’Ancien Empire). Des informations à notre disposition nous font penser qu’il y avait probablement un système de rotation pour l’exécution de certaines fonctions.

 

  • Le principal rôle du Lecteur est de participer aux rites (de « transfiguration » – sȝẖw) lors des cérémonies funéraires (un ensemble de rites « intermédiaires » : des rites lors du processus de l’embaumement jusqu’à l’enterrement dans la tombe ex : rite d’ouverture de la bouche).

A noter que l’embaumeur (wt) dans un premier temps (début Ancien Empire) aura pour mission de coordonner les différents rituels inhérents à ce type de cérémonie. Une partie de ses prérogatives sera reprise par le Lecteur durant l’Ancien Empire – ce qui n’empêchera pas l’embaumeur dans certains cas de participer conjointement avec le Lecteur aux rites.

Ces rites de transfiguration complexes permettent au défunt, par le moyen de lectures délivrées par le Lecteur, de passer dans le monde du divin. Ces lectures sont regroupées en un corpus (ou liturgie) mortuaire utilisé (et utile) uniquement lors de la cérémonie.

En plus du traditionnel papyrus Il possède un ensemble d’objets (ex : amulettes, figurines pour la fertilité, bâtons, paniers, « claquettes » en ivoire pour faire du bruit utilisées pour la danse et pour le chant) qui lui seront utiles (voire dans certains cas obligatoires) lors de ces cérémonies.

Le papyrus déployé par le Lecteur est une scène très fréquente dans l’iconographie de l’Ancien Empire : symbolisant une lecture exacte de la part du Lecteur.

 

  • Une autre fonction du Lecteur : la performance « magique »
La « magie » selon les Anciens Egyptiens est plutôt une « force » cosmique (Heka – ḥkȝ) active. Cette force va imprégner tout ce qui entoure l’Ancien Egyptien.

Elle va aussi imprégner l’environnement du Lecteur : le matériel (objets rituels) comme l’immatériel (récitations formules, rites). Le Lecteur (personne habilitée) en lisant les textes d’une certaine façon et en participant aux rites va en quelque sorte mettre en action cette force devenant ainsi « performant ». Nous comprenons bien que les corpus textuels ont été rédigés par des hommes certes habilités mais surtout dans un lieu propice à cette osmose texte / force cosmique (ex : Maison de Vie).

Cette performance est importante car il y a un bénéfice à la fois pour le Lecteur (service performant = « points acquis » pour l’après vie) et pour le destinataire du rite.

Le lecteur peut aussi utiliser cette force pour attaquer ou anéantir « magiquement » un ennemi ou une entité hostile (rites d’exécration), pour « encercler » une entité (ex : espace sacré) ou pour un rite de protection.

Cette performance sera aussi utilisée dans le domaine « médical » – le lecteur sera assimilé à une sorte de guérisseur capable de diagnostiquer une pathologie  (il disposera d’un ensemble de « médicaments » à sa disposition ainsi qu’une « compétence » reconnue) et d’appliquer le remède.

La frontière entre force mystique et la médecine dans l’égypte ancienne est assez flou.

 

  • les rituels liés au temple / pouvoir royal
L’implication du Lecteur est importante tant au niveau de la connaissance que de l’exécution et de la coordination des rites du calendrier liturgique (rites liés au dieu ou déesse d’un temple d’une localité). Ces rites sont un lien entre la ou les divinités, les vivants et les morts. La nature des rites est variée : rites de purification, rites journaliers, rites de fondation, fêtes (festivals) locales ou nationales, rites de consécration pour ne citer que les principaux.

Le Lecteur dispose d’un « catalogue » (« référentiel ») des rites délivré par les « Maisons des Livres » (pr mḏȝt). L’importance de cette institution est variable d’un temple à un autre.

Il peut être aussi amené à participer à certaines fêtes royales comme par exemple la fête Sed, à assister le roi (ex : dans le vestiaire ḏbȝt ou Maison du Matin pr dwȝt) pour certaines cérémonies ou bien à annoncer publiquement la titulature d’un nouveau roi.

Nous avons aussi des rois qui ont leur propre lecteur (ex : roi Sahourê).

 

  • les rituels liés aux fondations funéraires
Le Lecteur peut être employé dans une fondation funéraire pour réciter les formules nécessaires au culte du défunt. Une fondation funéraire (généralement accordée par le pouvoir royal pour services rendus) est un centre d’approvisionnement important et indispensable pour les offrandes cultuelles du défunt.

 

  • Les autres activités
Le Lecteur peut participer à des expéditions (militaires ou minières) – le rôle du Lecteur n’est pas clairement défini (par manque de données).

Peut être participe t-il aux rituels lors de ces expéditions ?

La présence d’un Lecteur dans une expédition apporte t-elle une certaine légitimité ?

Il s’implique aussi dans les prémices d’un système légal et judiciaire (ex : rôle de « juge ») basé sur la Maât durant l’Ancien Empire.

Son érudition va aussi se traduire par la rédaction de travaux littéraires (un certain nombre de papyrii nous confirment ce fait).

Le Lecteur peut être amené à aider son père dans le domaine rituel.

 

Bref le Lecteur durant l’Ancien Empire est une figure incontournable dont les fonctions ne cesseront d’évoluer au fil des époques.

 

Référence bibliographique :

Roger Forshaw « The Role Of The Lector In Ancient Egyptian Society »

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Ancien Empire Egyptien (projet A2E) by Fabrice MAUPIN