Ka : nature et fonction ?

Vouloir expliquer la nature et la fonction du Ka est un exercice qui n’est pas facile.

La difficulté est double : comprendre une notion ancienne avec notre compréhension moderne et essayer de trouver des éléments dans des textes anciens (assez nombreux) qui ne sont pas toujours clairs.

Peut être que les égyptiens eux mêmes avaient quelques difficultés à énoncer ce concept de façon précise.

Essayons tout de même – nous nous limiterons au domaine funéraire.

Il n’y a pas une définition unique du Ka.

La première chose qu’il faut comprendre est que le Ka n’a pas de lien avec la sphère corporelle de l’homme : il « naît » (ou est créé) avec la personne.

La personne ainsi que son Ka forment une sorte « d’alliance ».

Cela ne signifie pas qu’il y a fusion réelle entre la personne et son Ka : chacun continue son « existence » – par contre ce que fait une personne, son Ka le fait aussi – nous parlerons plutôt d’osmose.

Nous verrons dans cet article quelques éléments de réponse en ce qui concerne la nature et la fonction du Ka.


 

Nous pouvons constater dans un premier temps que le Ka est cité de nombreuses fois dans les Textes Des Pyramides. Nous savons d’autre part que le corpus religieux utilisé dans ces Textes est bien plus ancien.

Le Ka serait donc un concept religieux ancien, peut être l’un des premiers concepts.

Durant L’Ancien Empire le mot <Ka> est une composante très utilisée dans les noms de personnes (à noter que nous retrouvons des traces de cette utilisation dès la première dynastie).

Le mot <Ka> était-il apprécié à cette époque ? il semble que oui dans une certaine mesure.

Il est difficile de déterminer quelles étaient les règles d’association entre le Ka et le nom de la personne.

Le mot <Ka> (et sa signification) était donc important pour les anciens égyptiens.


 

Si nous considérons à nouveau les Textes Des Pyramides et les inscriptions dans les tombes nous retrouvons cette expression  : « Celui qui se hâte à son Ka «.

« Celui », autrement dit le défunt « se hâte «  de rejoindre son Ka qui est déjà dans la tombe – en effet le défunt (le corps) étant préparé pour l’embaumement il prend donc naturellement du « retard ».

Fait intéressant cette volonté de rejoindre son Ka touche toute personne (royale ou pas) ou divinité – fait confirmé dans les Textes Des Pyramides.

Le défunt se hâte pour que sa « réintégration » (funéraire) se fasse le plus rapidement possible : Il est nécessaire qu’il soit un « tout » pour passer d’un monde à un autre.

L’équivalent de cette « réintégration » au niveau corporel se fait avec la réunification des membres du défunt (rites) : lui redonner ses capacités « physiques » qui lui seront utiles dans l’au-delà.

Cette « réintégration » peut aussi signifier retrouver ses ancêtres.

Dans cette volonté d’aller vers son Ka, nous décelons aussi un lien avec le rituel de l’enterrement, avec une mort qui doit se passer « dans de bonnes conditions » (nous pourrions presque parler de mort « heureuse » par opposition à une mort « malheureuse » si le défunt ne peut rejoindre son Ka).

Bref « Se hâter vers son Ka » était peut être une expression couramment utilisée par les anciens égyptiens pour nommer l’étape indissociable de la vie à savoir la mort.

Le Ka dont nous faisons mention est le Ka « Terrestre », celui qui a accompagné la personne durant toute sa vie.

La mort va supprimer cette « alliance » entre le Ka et la personne.

Il est donc important que le défunt rejoindre son Ka pour à nouveau former une « alliance » qui sera de nature différente (funérairement parlant) puisque nous ne sommes plus dans la sphère terreste.


 

Une fois que le défunt a rejoint son Ka, il est sous sa protection (ex : Textes des Pyramides Chapitre 23 – 18a / 18b).

La protection du Ka n’est pas que « physique » (protéger le corps) c’est aussi se battre, défendre les intérêts du défunt (ex : devant les dieux) – permettre de retrouver au défunt dans l’au-delà son statut social acquis lors de son existence.

Le Ka peut être ainsi associé à la « personnalité morale » du défunt lorsqu’il était encore vivant. Il peut aussi représenter une « force vive » qui peut se transmettre de génération en génération, s’enrichissant ainsi de « personnalités morales » diverses et variées.

L’action du Ka en tant que protecteur ne vas pas se limiter au défunt mais aussi à sa tombe (ou son complexe funéraire). Evidemment cette action de protection de la sphère funéraire du défunt est éternelle.

Le Ka est donc un Alter Ego / un sosie du défunt, un « moi «.

La personne de son vivant considérait sa vie passée comme une « référence » : elle souhaitait conserver cette « image » (probablement idéalisée).

Cette « image » est conservée par l’intermédiaire du Ka. Lorsque la personne meure, elle rejoint son Ka, autrement dit le reflet d’un « moi », image du passé.

La tombe (ou le complexe funéraire) sert ainsi de « réceptacle » au Ka au travers des inscriptions et textes gravés.


 

Nous avons vu que le Ka a pu être considéré (au moins à une certaine période) comme un protecteur pour la tombe (ou le complexe funéraire) – mais cette relation va plus loin : elle va évoluée.

L’expression « Maison du Ka » revient souvent dans les textes de l’Ancien Empire.

Quelle est donc cette « Maison du Ka » ?

Les avis divergent selon les Egyptologues : Serdab (avec ses statues Ka) ? la tombe ? une chapelle ? un temple ?

En fait un peu de tout.

Toute structure, pièce, bâtiment où se trouve une ou plusieurs statues du Ka est potentiellement une « Maison du Ka ».

La « Maison du Ka » peut être proche de la tombe (ou complexe funéraire du défunt), mais elle peut aussi se trouver ailleurs.

Nous pouvons citer par exemple certains monarques de l’Ancien Empire (Cinquième et Sixième Dynasties) qui au travers d’une politique du culte royal décentralisée ont mis en place des « Maisons du Ka (royal) » (ex : fondations Ka dans certains Temples) éloignées de la Résidence.

Ces « Maisons du Ka » décentralisées n’étaient donc plus physiquement rattachées au complexe funéraire royal.

Elles n’étaient pas forcément associées à un défunt (royal) mais pouvaient représenter une « Entité » comme par exemple le Culte Royal.

La « Maison du Ka » peut aussi dans certains cas représenter un domaine agricole dont la production et les revenus sont associés au culte du défunt.

Un détail intéressant : à la « Maison du Ka » est (très souvent) associée à « un serviteur du Ka ».

Ce « serviteur du Ka » a pour mission d’officier pour le compte du défunt dans une « Maison du Ka » (quelque soit l’endroit où elle se trouve).

 

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Ancien Empire Egyptien (projet A2E) by Fabrice MAUPIN