Histoire de la Fausse Porte

Nous connaissons toutes et tous cette représentation architecturale d’une « porte » incrustée dans un des murs d’une tombe.

Cette représentation peut être monolitique ou construite à partir de plusieurs formes. Le matériau utilisé est très souvent de la pierre (de différentes qualités), mais peut être de la brique crue voire du bois.

Durant l’Ancien Empire la pierre devient le matériau de base pour les principaux éléments architecturaux d’une tombe. La brique crue dont l’utilisation remonte à la période pré – dynastique va être plutôt utilisée pour des éléments architecturaux secondaires.

La Fausse Porte va jouer un rôle déterminant dans les conceptions religieuses et funéraires de l’Ancien Empire.

Elle se trouve généralement dans la chapelle.

Après la chambre funéraire qui reste l’élément fondamental, il y a la Fausse Porte. Chaque propriétaire d’une tombe (le Maître du Tombeau) va apporter un soin particulier à la conception et à la réalisation de la Fausse Porte ou des Fausses Portes associées à sa tombe.

La Fausse Porte va même être considérée par le Roi comme le « cadeau » honorifique à remettre à un dignitaire méritant. Nous voyons donc l’importance que la Fausse Porte a acquise durant l’Ancien Empire.


Intéressons – nous un peu à l’origine de la Fausse Porte
.

Soyons honnêtes, établir une origine claire et tranchée à la Fausse Porte n’est pas facile.

D’après certains Egyptologues, la Fausse Porte n’est pas apparue d’un seul coup. Elle est le produit d’une évolution, d’une combinaison de formes et de concepts funéraires.

La forme de la Fausse Porte rappelle étrangement les façades des Palaces ou palais royaux – Palaces autrefois construits en bois.  Nous retrouvons ce rappel des façades des Palaces sur les murs des mastabas archaïques.

Ces mastabas ont précédé les mastabas de l’Ancien Empire et leurs Fausses Portes.

Ces façades reproduites sur ces mastabas tirent peut être aussi leur origine du hiéroglyphe srẖ (O33 selon Gardiner) qui est associé aux Palaces royaux et plus précisément aux deux portes du Palace.

 

Notons que certains titres de dignitaires comportent la notion de gardien de la double porte du palais.

La forme architecturale des façades des Palaces est donc probablement à l’origine de la forme de la Fausse Porte.

La relation entre l’aspect funéraire de la Fausse Porte et une source funéraire plus ancienne est moins évidente à appréhender.

Les stèles au « sommet arrondi » d’Abydos (Haute Egypte) est un exemple intéressant.


Notons toutefois que certaines de ces stèles peuvent être rectangulaires (nous avons des exemples en Basse Egypte). Probablement ce type de stèle s’est généralisée dans toute l’Egypte avec le temps.

Elles étaient placées devant les tombes royales ou de dignitaires à l’époque des premières dynasties. Evidemment seuls les personnages importants avaient le privilège d’avoir de telles stèles.

Sur la stèle nous y trouvons le nom (ou la représentation) du propriétaire de la tombe – parfois ses titres – aspect très important pour un ancien égyptien : pouvoir préserver son nom, son identité.

L’écriture (même archaïque) permet « magiquement » d’être le moteur de cette préservation.

Ce type de stèle peut être aussi considérée comme une stèle de type « mémorial » – son rôle n’est plus uniquement de localiser l’emplacement d’une tombe.

Tous ces « efforts » sont évidemment effectués dans le seul but de garantir une survie du défunt dans l’autre monde.

Certaines stèles contiennent une forme archaïque de la fameuse scène des offrandes, thème récurrent sur les Fausses Portes de l’Ancien Empire. Pour rappel la scène des offrandes comporte deux aspects importants : indiquer aux vivants l’emplacement où déposer les offrandes et indiquer au Ka du défunt l’emplacement qui pourra utiliser ultérieurement pour recevoir les offrandes.

Relevons quelques évolutions architecturales de la Fausse Porte au fil des dynasties de l’Ancien Empire.


La Fausse Porte à la Troisième Dynastie

L’apparence de la Fausse Porte durant cette dynastie est très proche de la Fausse Porte de l’Ancien Empire que nous connaissons.

Les éléments architecturaux et funéraires élaborés durant la période archaïque s’organisent, évoluent, se « déplacent » vers un modèle commun – modèle utilisé et affiné durant les prochaines dynasties.

Une époque de transition architecturale et funéraire.

Les composantes de la Fausse Porte (tels que le célèbre « tambour ») se mettent en place.

La pierre est adoptée comme matériau de base.


La Fausse Porte à la Quatrième Dynastie

La Fausse Porte de cette période doit s’adapter à une demande plus forte de représentations et d’inscriptions – Les éléments de la Fausse Porte sont réorganisés.

Le souci d’acquérir une « éternité » pour soi et pour son entourage devient une priorité.

Nous trouvons des Fausses Portes qui ne sont pas uniquement associées au seul propriétaire de la tombe mais aussi (pour des raisons économiques ?) à son entourage – une sorte de partage funéraire.

Les éléments originaux de la Fausse Porte se retrouvent ainsi en arrière – plan, laissant la place à d’autres éléments plus importants à cette période.

Nous sommes en présence de la Fausse Porte conventionnelle (avec une certaine structure architecturale) qui va être représentative de l’Ancien Empire.


La Fausse Porte à la Cinquième Dynastie

Une certain continuité dans l’usage de Fausses Portes conventionnelles (de type « double – Jambes »).

Toutefois, quelques nouveautés / optimisations architecturales constatées :

  • l’usage de Fausses Portes avec « Triple – Jambes » (nécessitant quelques modifications mineures sur la Fausse Porte afin d’y intégrer plus d’inscriptions) ou « Simple Jambe »,
  • entourer la Fausse Porte avec un « tore » surmonté d’une corniche de type « palmier » (une modification importante par rapport aux Fausses Portes conventionnelles),
  • L’usage de la Fausse Porte comme « frontal » avec le Serdab avec une ouverture dans le « panneau » de la Fausse Porte
  • Modification de l’emplacement du « tambour » (perte de la signification initiale de cet élément ? nous avons plus l’impression que cet élément « gêne » et que nous savons plus quoi en faire) voire son omission sur certaines Fausses Portes
  • Omission occasionnelle du « linteau », une sorte de retour aux formes archaïques (type « Niche »).


La Fausse Porte à la Sixième Dynastie

Les Fausses Portes utilisées restent globalement les mêmes que celles en vigueur dans les dynasties précédentes – avec un usage apparemment plus important des Fausses Portes de type « Triple – Jambes » entourées d’un « tore » surmonté d’une corniche de type « palmier ».

Ce modèle de Fausse Porte est d’ailleurs « retravaillé » dans certains cas (dans les proportions et dans les formes de certains éléments de la Fausse Porte).

 

Nous avons rapidement abordé les principales évolutions architecturales des Fausses Portes.

Mais il ne faut pas oublier que l’évolution du programme décoratif et funéraire des Fausses Portes durant l’Ancien Empire est aussi importante que l’évolution architecturale.

 

Références Bibliographiques :

Selim Hassan « Excavations At Giza » Volume 5

Edward Brovarski « False doors & history : the sixth Dynasty » The Old Kingdom Art and Archaeology Proceedings of the Conference Prague, May 31 – June 4, 2004 – Miroslav Barta

 

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Ancien Empire Egyptien (projet A2E) by Fabrice MAUPIN